La fuite.
Exitant. J'ai pris le train en marche. On s'acroche maladroitement, pressé par le temps, pris au dépourvu. Sans savoir ou peuvent mener ces rails, précisément. On en a pourtant une vague idée, puisque la liberté sera toujours au bout. Je dispose négligeament une guirlande presque nue au dessus du cadre avec la photo froissée, abimée, des parents laissés là-bas. Ils ont du crever de trouille, au début. Maintenant on sait tous qu'ils s'y sont fait.
Personne n'a assez de larmes pour pleurer deux ans durant. Je m'oblige a ne pas regretter. J'ai pris le bon chemin. Tout le monde en parlait, à l'époque. Les gens qui étaient contre nous devaient etre jaloux d'etre passé a coté de cette occasion en or de se barrer pour de bon. Alors ils nous crachaient dessus. Des dizaines comme moi avaient pris la fuite la meme semaine. Tous avaient eu, je l'ai su apres, un rapport avec les papiers, les messages, les appels, trouvés dans les livres des bibliothèques, dans nos paquets de céréales, le matin, dans nos boites e-mail...
Personne n'avait rien vu venir. Nous-memes n'avions rien vu venir. Ca nous a été balancé a la tronche, comme ça, d'un coup. Et on nous a dit que la solution était là. La raison pour laquelle on se sentait dégouté de ce monde était ici, cachée derrière cet appel, ce rendez-vous anonyme. Ceux qui en avaient le plus marre de leur vie, qui étaient les plus déterminés, avaient décidé de répondre présent. De tout le pays, on s'était tiré un beau matin pour converger vers cette foret ensoleillée. Vous savez, là ou le soleil réchauffe l'air et que marcher dans l'herbe vierge vous fait oublier que vous etes socialisé. La foret était loin de la ville, et on osait pas, chacun de notre coté, demander notre chemin. J'ai vagabondé au moins trois jours avant de reconnaitre l'endroit décrit sur le petit papier cartonné. Mais on avait fini par trouver.
On s'était rendu compte de l'ampleur du mouvement. Personne de ceux qui étaient là n'avaient imaginé une telle mobilisation. Puis il avait fallu qu'on trouve, chacun pour sa peau, de quoi subsister tout en restant sur place, trop satisfaits de le liberté que la grandeur de la foret et la furtivité de notre campement nous octroyait.
Enfin, parmi les gens qui arrivaient chaque jour, il y en a un qui s'est démarqué des autres. Tout d'abbord il était beaucoup plus agé que nous tous. Il devait taper dans les trente ans. On avait découvert rapidement que Tom était celui qui avait agit de telle sorte qu'on se retrouve, les autres et moi, ici, presque cloitrés parce que nous étions devenus des gens tres recherchés. Il leur semblait d'ailleurs d'une épouvantable difficulté d'imaginer que nos fugues étaient liées. C'était le coup de grace. Terminé. On les quitte, ces imbéciles.
Tom avait été tres clair. Il nous avait rassemblé pour une raison qui était la sienne, uniquement la sienne, et s'il y en avaient parmi nous qui voulaient rentrer, qu'ils le fassent immédiatement.
Oh, évidemment, ils on bien été trois ou quatre a partir, mais pour nous, c'était comme si tout le monde était resté.
Il nous montrait comment scier, couper, clouer. Il nous montrait comment débatre, argumenter, décider. Il nous montrait comment chasser, cuisiner, creuser un puits. Avec les clés qu'il nous avait donné, nous étions sortis de notre individualisme. Nous ouvrions les portes les unes apres les autres.Nous avons construit un village, une communauté autonome, autogerée.
Il nous restait a découvrir le bonheur d'etre libre. Nous n'avions connu jusqu'alors qu'un tiraillement sourd entre le désir de rentrer chez nous et la soif d'etre libre. Nous étions prets.