Les trois jours que j'ai passé sans parler.
J'avais des rêves étranges. Il me semblait que chaque nuit c'était un Bergmann ou un Linch qui se jouait dans mes songes. Je suffoquais en silence, au réveil. J'étais époustouflé du spectacle immense que ma conscience venait de m'offrir.
Un jour, je me suis réveillé avec une idée: Il fallait qu'a un moment, je me taise et que l'on ne m'entende plus pendant trois jours. Mais pour ça, il fallait que je trouve un élément déclencheur. On ne peut pas trouver assez de volonté dans un fait quotidien, en tout cas pas moi. Il me fallait quelque chose de choquant, humide et sombre. J'avais construit, avec le temps, une image précise de ce que je devais attendre. C'est ici que mes rêves interviennent.
Je marchais dans les hautes herbes, il faisait si beau que je me prenais des rayons de soleil plein la gueule. Et je n'en pouvais plus. Je venais d'être abandonné par ma tribu indienne ou maya . Des animaux étranges apparaissaient ici et là mais je n'y prêtais aucune attention. Le serpent visqueux et noir qui ondulait parmi les nuages me paraissait normal, tout autant que la girafe violette qui me suivait depuis maintenant une heure. L'herbe était haute, je n'y voyais rien, et petit a petit, la prairie s'est transformée en forêt. Les herbes devenues gigantesques airaient étés idéales si elles ne m'entaillaient pas régulièrement le visage: elles me fournissaient l'ombre dont j'avais besoin.
Puis je suis arrivé à une petite clairière qui n'avait rien d'hospitalier, mais qui allait me suffire a trouver le sommeil. Je me suis endormi, la bouteille d'alcool blanc que j'avais entre les mains a moitié vide.
Au petit matin, j'ai repris ma route. Nous avions, ma tribu et moi, exploré tous ces endroits. Je les connaissais par cœur. Vous comprendrez donc ma surprise lorsque je suis tombé sur un édifice qui n'avait jamais été signalé auparavant. Une sorte de ruine d'un empire déchu. J'étais devant une vieille perle qui avait perdu de sa brillance.
Il y avait une petite ouverture sur le mur couvert de plantes jaunes et bleues. Elle m'obsédait.
Elle m'attirait. Je me suis approché. Je pouvais à peine y glisser la tête. J'ai jeté un coup d'œil autour de moi, et je me suis penché par l'ouverture. Dans l'obscurité poisseuse, moite, et presque solide de l'intérieur, j'ai pu distinguer, l'espace d'une seconde, quelques lueurs pâles. Dès qu'elles eurent disparu, je sentis deux morceaux de rocher poreux qui vinrent se coller a mes parois nasales. Par je ne sais quelle force, ils me retenaient prisonnier. J'étais bloqué. Bloqué par mon nez. C'était tellement absurde que je ne faisais pas de mouvement pour me libérer. Ça a duré quelques heures. Et puis ils sont arrivés, les soldats encagoulés. Ils faisaient avancer brutalement en rang une petite dizaine de personne qui évoluait craintivement, les mains en l'air.