Marc

Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /Fév /2009 20:05
 

Les trois jours que j'ai passé sans parler.



J'avais des rêves étranges. Il me semblait que chaque nuit c'était un Bergmann ou un Linch qui se jouait dans mes songes. Je suffoquais en silence, au réveil. J'étais époustouflé du spectacle immense que ma conscience venait de m'offrir.

Un jour, je me suis réveillé avec une idée: Il fallait qu'a un moment, je me taise et que l'on ne m'entende plus pendant trois jours. Mais pour ça, il fallait que je trouve un élément déclencheur. On ne peut pas trouver assez de volonté dans un fait quotidien, en tout cas pas moi. Il me fallait quelque chose de choquant, humide et sombre. J'avais construit, avec le temps, une image précise de ce que je devais attendre. C'est ici que mes rêves interviennent.


Je marchais dans les hautes herbes, il faisait si beau que je me prenais des rayons de soleil plein la gueule. Et je n'en pouvais plus. Je venais d'être abandonné par ma tribu indienne ou maya . Des animaux étranges apparaissaient ici et là mais je n'y prêtais aucune attention. Le serpent visqueux et noir qui ondulait parmi les nuages me paraissait normal, tout autant que la girafe violette qui me suivait depuis maintenant une heure. L'herbe était haute, je n'y voyais rien, et petit a petit, la prairie s'est transformée en forêt. Les herbes devenues gigantesques airaient étés idéales si elles ne m'entaillaient pas régulièrement le visage: elles me fournissaient l'ombre dont j'avais besoin.

Puis je suis arrivé à une petite clairière qui n'avait rien d'hospitalier, mais qui allait me suffire a trouver le sommeil. Je me suis endormi, la bouteille d'alcool blanc que j'avais entre les mains a moitié vide.

Au petit matin, j'ai repris ma route. Nous avions, ma tribu et moi, exploré tous ces endroits. Je les connaissais par cœur. Vous comprendrez donc ma surprise lorsque je suis tombé sur un édifice qui n'avait jamais été signalé auparavant. Une sorte de ruine d'un empire déchu. J'étais devant une vieille perle qui avait perdu de sa brillance.

Il y avait une petite ouverture sur le mur couvert de plantes jaunes et bleues. Elle m'obsédait.

Elle m'attirait. Je me suis approché. Je pouvais à peine y glisser la tête. J'ai jeté un coup d'œil autour de moi, et je me suis penché par l'ouverture. Dans l'obscurité poisseuse, moite, et presque solide de l'intérieur, j'ai pu distinguer, l'espace d'une seconde, quelques lueurs pâles. Dès qu'elles eurent disparu, je sentis deux morceaux de rocher poreux qui vinrent se coller a mes parois nasales. Par je ne sais quelle force, ils me retenaient prisonnier. J'étais bloqué. Bloqué par mon nez. C'était tellement absurde que je ne faisais pas de mouvement pour me libérer. Ça a duré quelques heures. Et puis ils sont arrivés, les soldats encagoulés. Ils faisaient avancer brutalement en rang une petite dizaine de personne qui évoluait craintivement, les mains en l'air.

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Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 19:26
 

Les temps anciens.


Il faut aux hommes un long moment avant qu'ils ne découvrent que ce qu'ils attendaient de longue date s'est déjà produit. Certains pensent que c'est de la nostalgie. Moi je crois que la nostalgie n'a rien a voir dans tout ça. Ce regard neigeux qu'avait Sam le matin, je le vivais avec intensité. Il électrisait, il écrasait littéralement le monde de ses yeux pales et la fraicheur qu'il transmettait était d'une époustouflante rareté.

J'avais longtemps été traversé par des flux de signification, étant jeune. Il avait fallu que je m'en libère totalement pour arriver ici. J'avais les jambes coupées au début. Que fallait-il que je fasse, ou que je ne fasse pas? Qu'est-ce qui, dans mes habitudes et mes réflexes, relevait du sociétaire et relevait du naturel, de l'instinctif?

J'ai donc été amené, pendant cette période de latence sociale, a réfléchir a la manière dont le monde était organisé, et ce avec un regard nouveau. J'en étais arrivé a cette conclusion qu'avec le recul je trouve simpliste :


La vie est un jeu de cartes. Personne ne choisit son jeu, et les cartes qu'on a en main sont héritées du hasard le plus chaotique. Ce qui fait de vous quelqu'un, c'est la manière dont vous utilisez ces cartes. L'as n'est pas la meilleure carte dans tous les jeux. Tout dépend du jeu auquel vous souhaitez jouer.

 

Marc

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Dimanche 14 décembre 2008 7 14 /12 /Déc /2008 21:40
 

Le nid et la ruche.


Sam se dirigeait vers la grande place. Il suffisait que l'on sache où il allait précisément sur cette place pour être riche d'objets d'une grande valeur pour Sam. Il suffisait que les balayeurs découvrent sa cache pour que son univers entier se détache du sol. C'est ici que Sam entreposait toutes ses trouvailles. Nous nous trompons rarement sur les envies des gens. Sam, quant a lui, se plaisait a croire qu'on l'estimait. C'est cela qu'il gardait. La preuve de son statut.


Dans le monde ou nous vivions, à cette époque, il n'y avait ni maison ni immeuble, ni voiture ni route. Presque rien, en fait. Nous nous étions aménagé des huttes. Il nous fallait survivre a tout ce qui nous guettait. La grande place nous servait de point de repère, unique vestige de la socialisation que nous quittions petit a petit.

Très vite se seront écroulés les frêles vestiges de l'amour que je t'ai porté.

Il y a longtemps, le jeudi, j'allais a la bibliothèque. On y trouvait toute sorte de choses, auxquelles il fallait accorder autant d'attention qu'a un oiseau, ou a une plante. J'ai longtemps été obsédé par les livres, et tout ce qu'ils avaient d'artificiels. Je me demandais, au fond de moi « Mais que peut-on créer en écrivant? » Cela m'était bien égal, après tout, puisque je savais qu'un jour ou l'autre, je partirais d'ici. Je n'irais plus a la bibliothèque. Il me fallait attendre que le jour soit venu. Notre temps.

A l'aube, l'été, j'ai claqué la porte de cette vie sans passion. Une vie de phrases et de mots, qui me faisaient oublier le paradis auquel je rêvais. Mais qui décide que les livres doivent être là pour faire oublier aux hommes que ce qu'ils imaginent, ils ne le vivront jamais?

Le jour ou je suis arrivé dans la foret, et que j'ai rencontré Sam pour la première fois, il faisait beau. Les notes de musiques résonnaient dans ma tête. Sam avait été celui qui avait lancé l'appel. C'était cela qui m'avait permis de trouver la clé de la porte de sortie. Un appel au secours, un jour, trouvé dans un livre. Il disait:

Rejoignons-nous. Vivons ailleurs.

C'est tout. Au dos du papier, l'indication d'une date et d'un lieu. Voilà comment je suis arrivé ici.


Aujourd'hui cela fait un an et demi que je suis ici. Je vis mon paradis. Il faudrait des mots que je ne connais pas pour décrire ce que je vis ici. Peut-être que ce que je vis est tellement nouveau, et tellement primaire à la fois, que les hommes n'ont jamais inventé de mots pour cela.

J'ai pris des chemins difficiles aujourd'hui. Il nous faut toujours reproduire nos actes pour qu'ils paraissent plus supportables. Alors j'use mes chaussures sur des chemins escarpés pour me familiariser avec la difficulté. Il faut que je m'y habitue, car demain, je rentre. C'est terminé,l'utopie. J'y crois encore, mais pas pour moi.
Le monde réel, je m'y suis détaché. C'est dans mon propre monde, que je rentre, bien loin de ce qu'un gourou illuminé a pris pour l'organisation idéale. Il faut s'approprier le monde, pas le fuir. Nous sommes les soldats de la conscience. Le monde n'attend rien de nous. Profitons en.
 Sam m'a raconté qu'un jour, lorsqu'il avait encore la lucidité évanescente d'un môme, il avait demandé a ce qu'on arrête la terre pour qu'il puisse descendre. Il avait compris qu'on avait le choix. Il fallait être sacrément malin pour se douter qu'il existait une porte de sortie, et surtout pour le cacher a la majorité des gens. Jusqu'à ce qu'il se sente seul, et c'est là que nous sommes arrivés. C'est aussi pour cela que je pars. Je viens vivre un rêve, pas subvenir aux besoins sociaux d'un pirate. Nous sommes des pirates, et demain, je largue les amarres de mon propre bateau.

Par Girafe_Crew - Publié dans : Marc
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Vendredi 21 novembre 2008 5 21 /11 /Nov /2008 19:26

 

Les histoires.



Tout a commencé quand j'ai découvert Card. Tout s'est accéléré. Tout s'est passé en un éclair. Il suffisait pour moi de relire l'un de ses écrits pour que les effets de la lecture précédente effacés par le temps se revitalisent. Et je faisais accélérer et décélérer ma vie comme bon me semblait. C'était un jeu qui avait quelque chose de sadique. Il me donnait le contrôle de ce que je maitrisais déjà par d'autres moyens.

J'évoluais dans un monde ou rien ne devait être calculé. Une prof m'avait mis ce livre entre les mains, et dès lors, j'étais prisonnier. J'étais condamné a lire et a relire jusqu'à ma mort. Au début, tout me dépassait, les événements se déroulaient sans que j'aie le moindre point d'accrochage sur eux. Je nageais dans une mer déchainée. Ces instants sont les plus sombres, ceux ou vous vous éloignez lentement, malgré vous, des choses que vous n'influencez pas.

Et ceci, pour vous rapprocher de ceux contre lesquelles vous pouvez quelque chose.

Les longues soirées passées a m'appliquer a rouler puis a fumer correctement un joint m'ont tant construit que détruit. Je fermais les yeux et doucement, avec les Clash en fond sonore, j'observais le malaise humain qui était là, bien planqué sous mes paupières.


Et puis il y a eu ce premier séjour en tant que responsable. J'étais étourdi par les responsabilités que j'avais endossé trop rapidement. Cela me donnait des airs d'adulte. Je m'étais mis petit a petit a mépriser les techniques pédagogiques des professeurs. C'est comme si l'endroit que je fréquentais le plus était devenu mon terrain de jeu. Je me dotais moi-même d'une liberté totale d'action. Je n'avais plus de respect pour personne, là-bas. Ils étaient mes marionnettes et je tirais les ficelles quand bon me semblait. L'herbe me rendait fou. Je me permettais tout. J'oubliais de m'interdire certains actes, certaines réflexions.

J'étais tel que je l'aurait été sans les barrières que j'avais mises en place pour me construire. Tout avait volé en éclat.

J'ai tout arrêté, un beau jour. J'ai recommencé a lire Card. Je me suis demandé par quel hasard j'avais réussi a passer entre les gouttes. Il y a cette scène, dans la stratégie de l'ombre. Bean est mis en difficulté par Ender devant son armée. Ender lui dit : « Voilà, ils te connaissent, maintenant la seule chose qu'il te reste a faire, c'est d'être parfait. » Il suffisait a Bean d'être parfait pour être un héros. Un travail si fastidieux que personne ne l'a jamais abattu.

Moi, je ne me suis pas aventuré dans cette voie-là. La preuve: je me suis fait rapidement des ennemis. De gros ennemis. De ceux qui vous frappent dans le dos, et lorsque vous êtes a terre, ils vous frappent encore.

Moi, je m'étais fait plus d'ennemis que d'amis.


Marc Faysse

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Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /Nov /2008 23:54
La mort du peuple.


Je me souviens parfaitement de la première fois ou j'ai frôlé la mort. Je devais avoir 5 ans, c'était un après-midi d'été ensoleillé, à Plestin les grèves, ou mes parents avaient acheté une petite maison de deux mètres sur cinq. Au bord de la mer. En face, il y avait une butte de terre sur laquelle poussaient un tas d'herbe que je trouvais fascinantes par leurs formes. J'ai mangé les feuilles de l'une d'elle, et j'en ai gardé un peu dans mes poches. Je suis revenu a la maison en disant que j'avais trouvé de la salade. « t'as pas mangé ça quand même? » Je ne leur ai pas dit, mais j'ai été malade comme un chien tout le reste de la journée. Pour moi, j'avais frôlé la mort. Et puis, bien plus tard, mes parents ont acheté une maison plus grande.

 J'y allais pour faire du surf, a l'époque du collège, car je crois qu'a cet age la, ce genre de choses prodigue une certaine classe. Des années après, j'y suis retourné avec une partie de la bande. Nos agissements lors de soirées trop arrosées avaient fini par faire du bruit, je crois.
Le soir, dans une petite commune voisine qui l'été se transformait en station balnéaire bourgeoise, il nous est arrivé une aventure honteuse, dont il me reste quelques souvenirs vagues. Notre manière de parler, de réfléchir, de réagir se transformait littéralement lorsque nous fumions. C'était en quelques sortes une redécouverte chaque soirs. Cette fois-ci, nous nous étions préparés.

Une petite bourgade calme, au bord de la mer, ne pouvait pas être le théâtre de bien grandes tragédies. Là-bas, pas le moindre risque de la moindre petite altercation. Nous étions libres. Après de grandes discutions sur un banc du petit port dont l'atmosphère fantomatique du début du printemps nous infligeait des crises de paniques feintes. Nous nous sommes dirigés vers l'église, en extrapolant nos phobies imaginaires. Tout était parfait. Il fallait qu'il soit là, lui, avec sa copine sous le bras. Cet espèce de tocard susceptible. « Vous êtes des fantômes? -Non, on est pressés, là. Je la raccompagne et je rentre. -Ouais, c'est ça, tu va la tringler! » Bam! C'est terminé. Le rideau de la politesse vient de s'effondrer. C'est dans ces moments là que les gens cessent de se regarder dans le blanc des yeux et qu'ils se battent. Donar avait déclenché une bagarre stupide, ridicule, mais il ne fallait pas qu'on perde la main. On se prépare a rentrer dans l'action. Moldovan est le plus rapide.
Son poing écrase la joue et l'œil du type qui s'écroule sous le choc. Il demande a sa copine le casque de moto décoré d'autocollants de grandes marques de vêtements. On comprend le message. C'est terminé. Il ira plus loin que nous. On fait le mouvement.

On se sépare et on se retrouve une minute plus tard à la voiture. La voiture démarre et je crois que l'émèche était toujours a nos trousses. Terminé. On passe le reste de la soirée sur la plage de St Efflam, dans la cabine de plage. Tout finit bien. Les conséquences de ces choses-là, on les réalises difficilement sur le coup. On se dit que tout va finir par s'arranger, alors que c'est tout le contraire. On vient de réveiller chez ce type une folie profonde qu'il avait cru avoir fini par vaincre en se mettant en couple avec sa pauvre copine.

Ce que je dis n'est surement pas vrai. C'est le pire qu'il ait pu arriver. Mais c'est en m'imaginant ce genre de tragédie dont nous aurions pu être la cause que je réalise combien il est enrichissant d'avoir cet exutoire magnifique. Le groupe. La musique. Bill Sikes me rendait absolument dingue, par moments. J'espérais qu'il était derrière tout cela, du moins. On a tous un guide sur lequel on calque nos agissements. Le mien s'appelle Bill Sikes et il n'existe pas. Même pas en rêve.

Marc Faysse
Par Girafe_Crew - Publié dans : Marc
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