Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /Nov /2008 23:13
 

Les Histoires



Je haïssais le dimanche. Les cloches de l'église jeanne d'arc me donnaient la nausée. On s'imagine que ces périodes de rejet de la jovialité quotidienne ne sont qu'éphémères, alors qu'en vérité ils sont lancinants, récurrents. Ma mère jouait un rôle prépondérant dans ces dépressions passagères. Elle hurlait du matin au soir pour nous faire comprendre que sa vie, à elle, ne lui plaisait pas. Cette frustration exacerbée la rongeait de part en part et il était difficile pour mes frères et moi de ne pas en être lassés. Après tout, nous n'étions pas responsables de ses choix. Je suppose que c'est a cause d'elle que mon frère est parti vivre ailleurs. J'essayais vainement de prendre du recul vis-a-vis de ses provocations gratuites et de ses crises de nerf anthropophages. Néanmoins, malgré toute la bonne volonté que j'y mettais, je ne parvenais pas a rester distant. Pire encore: elle me transmettait son caractère susceptible et j'en crevais de honte. Elle me mettait indirectement des pièges sur la route que j'empruntais vers une vie sociale saine.

Avec ma colère sans limite et sans cesse au bord de l'explosion, j'avais acquis dans la bande le rôle de critique colérique. Je me contrôlais difficilement, et je trouvais pour cela tout un tas d'excuses auxquelles je ne croyais pas moi-même. Je ne m'énervais jamais pour rien, mais mes réactions disproportionnées m'empêchaient de m'expliquer et je perdais en crédibilité. Et de cela, j'étais la première victime.

On se retrouvais certains midis, en semaine, a débattre de tout et de n'importe quoi. Lors de mon année de préparation aux concours, je testais avec eux les conclusions auxquelles les cours de la journée m'avaient fait aboutir. Cela avait quelque chose de frustrant de ne pas être face a des spécialistes qui m'aurait mis d'emblée face aux failles de mes théories.

Cependant, mes potes n'étaient pas stupides et nos conversations étaient rarement stériles.

Les affaires du groupe Bill Sikes semblaient avoir une influence sur l'intégralité de la girafe crew. Bill Sikes avait une personnalité fluctuante, dans les débuts. Il y avait constamment cette alternance de conflits internes, d'indisponibilités, et de crise de motivation. Ce qui nous faisait progresser lentement. Moi j'y croyais dur comme fer au groupe. J'attendais impatiemment que Kaiss ait son appartement, pour pouvoir répéter. Il ne faillait pas qu'on paye, pour répéter. Parce que le temps compté nous empêchait de prendre le temps de composer.

Par conséquent, à l'époque du jardin moderne, chacun composait chez soi, et donc les morceaux étaient à l'initiative d'une seule personne, ce qui nous faisait composer selon une logique de compromis qui n'avait rien de cohérent. Il nous fallait définitivement un endroit ou boire, fumer, ne serait pas interdit et ou le temps ne serait pas une entrave...


Marc Faysse

Par Girafe_Crew - Publié dans : Marc
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