Partager l'article ! Les Histoires 2: Les histoires. Tout a commencé quand j'ai découvert Card. Tout s'est accélé ...
Les histoires.
Tout a commencé quand j'ai découvert Card. Tout s'est accéléré. Tout s'est passé en un éclair. Il suffisait pour moi de relire l'un de ses écrits pour que les effets de la lecture précédente effacés par le temps se revitalisent. Et je faisais accélérer et décélérer ma vie comme bon me semblait. C'était un jeu qui avait quelque chose de sadique. Il me donnait le contrôle de ce que je maitrisais déjà par d'autres moyens.
J'évoluais dans un monde ou rien ne devait être calculé. Une prof m'avait mis ce livre entre les mains, et dès lors, j'étais prisonnier. J'étais condamné a lire et a relire jusqu'à ma mort. Au début, tout me dépassait, les événements se déroulaient sans que j'aie le moindre point d'accrochage sur eux. Je nageais dans une mer déchainée. Ces instants sont les plus sombres, ceux ou vous vous éloignez lentement, malgré vous, des choses que vous n'influencez pas.
Et ceci, pour vous rapprocher de ceux contre lesquelles vous pouvez quelque chose.
Les longues soirées passées a m'appliquer a rouler puis a fumer correctement un joint m'ont tant construit que détruit. Je fermais les yeux et doucement, avec les Clash en fond sonore, j'observais le malaise humain qui était là, bien planqué sous mes paupières.
Et puis il y a eu ce premier séjour en tant que responsable. J'étais étourdi par les responsabilités que j'avais endossé trop rapidement. Cela me donnait des airs d'adulte. Je m'étais mis petit a petit a mépriser les techniques pédagogiques des professeurs. C'est comme si l'endroit que je fréquentais le plus était devenu mon terrain de jeu. Je me dotais moi-même d'une liberté totale d'action. Je n'avais plus de respect pour personne, là-bas. Ils étaient mes marionnettes et je tirais les ficelles quand bon me semblait. L'herbe me rendait fou. Je me permettais tout. J'oubliais de m'interdire certains actes, certaines réflexions.
J'étais tel que je l'aurait été sans les barrières que j'avais mises en place pour me construire. Tout avait volé en éclat.
J'ai tout arrêté, un beau jour. J'ai recommencé a lire Card. Je me suis demandé par quel hasard j'avais réussi a passer entre les gouttes. Il y a cette scène, dans la stratégie de l'ombre. Bean est mis en difficulté par Ender devant son armée. Ender lui dit : « Voilà, ils te connaissent, maintenant la seule chose qu'il te reste a faire, c'est d'être parfait. » Il suffisait a Bean d'être parfait pour être un héros. Un travail si fastidieux que personne ne l'a jamais abattu.
Moi, je ne me suis pas aventuré dans cette voie-là. La preuve: je me suis fait rapidement des ennemis. De gros ennemis. De ceux qui vous frappent dans le dos, et lorsque vous êtes a terre, ils vous frappent encore.
Moi, je m'étais fait plus d'ennemis que d'amis.
Marc Faysse
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