Partager l'article ! Le chasseur et l'Ours: Cela faisait quelques temps que j'avais décidé de couper tous les lie ...
Cela faisait quelques temps que j'avais décidé de couper tous les liens qui me connectaient à LUI. J'étais devenu trop commun. Il se lasse vite des choses. Il doit en souffrir, mais je dois composer avec. J'étais un chasseur, je me trouvais devant un ours depuis une heure, à chercher comment fuir, comment l'empêcher de me démembrer, comment sauver ma capacité d'agir. Et soudain, le monstre avait arrêté sa course, avait courbé le dos, et était parti. J'étais resté là dans la neige luminescente du mois de mars. J'avais senti un goût de sang sur ma langue. Je crachai, et rien.
Rien que ma salive qui faisait fondre la glace. Que penser. Il m'avait touché. L'ours avait fini par m'atteindre. Je croyais que le danger venait du monde physique, alors qu'il était ailleurs. Quelque part dans les autres liens vers le réel. Je n'étais plus important à ses yeux, il me l'avait montré. J'ai pleuré, et la neige à fondu entre mes bottes. C'était la fin d'une illusion. L'avis de cet ours et ce dialogue surréaliste avaient taché tous mes actes. Mon chemin avait dévié.
IL s'était désintéressé. Plus d'admiration, dans ses yeux. Son regard ne m'envoyait rien d'exploitable, j'y cherchais quelque chose que je savais avoir perdu, dont je savais qu'il n'animerait plus rien de grandiose, d'éloquent et de limpide. Le désintérêt de l'homme. Le naufrage d'un chalutier. Il perd tout son équipage, toute sa pêche. Le seul moyen de faire de lui mon esclave à nouveau, était de réessayer. J'allais redevenir l'homme du début, occupé, sage, robuste et fou. Je ne l'aimais pas, mais j'ai su qu'il le fallait. Alors je suis parti. L'ours ne m'entendrait plus. J'irais chasser dans une autre foret, peut être moins agréable, mais sûre. Il fallait que je glisse vers un monde où ses yeux ne m'inquiétaient plus, où je méritais d'être aimé.
Et je le regardais s'éloigner petit a petit de moi. J'étais sur le bateau, et il restait sur le quai, tranquille et propre. Je suis un colon américain, je suis un moustachu a lunettes, j'ai ma valise en cuir et mes chaussures cirées. Mon Trench-coat est serré à la taille, mais le soleil d'hiver ne me permet pas de l'enlever. Je me demande s'il pleure. Je sais que non. Je ne pleure pas non plus. Ne jamais laisser voir qu'on quitte a contrec?ur. C'est meurtrier pour l'honneur. Peut être qu'il ne voit même pas que je pars. Il s'en rendra compte plus tard. Je ferais tout pour. A New York, il faut que je rencontre une Natacha, avec qui je reviendrais, et que je renverrais chez elle quand IL m'aura dit qu'il s'excuse. Qu'il s'est rendu compte que c'est moi, et qu'il le savait. On peut être cruel, par amour. Natacha m'excusera, peut être. Je suis fou, après tout. Mais je ne veux pas vivre de destin tragique, je suis trop moderne pour etre romantique.
Mais je n'en étais qu'au départ, et sachez que c'est pénible, de faire avancer un bateau, surtout dans son esprit. Même si on est convaincu. Je saisis une expression, sur son visage. Et voici, je flanche et mets un genoux au sol. Je cours dans la cabine de pilotage. Commandant, faites demi tour. Machines arrière! Le feu n'embrase plus rien dans les cheminées. Il n'y a plus d'énergie. Le déclin s'annonce, le recul, le fléau de la descente, a bout de force.
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